Poésies/Pensées et Réflexions

La Troubadouresse

Vénus in Love

Le 25 novembre est la journée pour l'élimination de la violence faite aux femmes. C'est pour la troubadouresse que je suis l'occasion de leur rendre hommage à ma manière, en souhaitant qu'un jour, chaque femme puisse choisir vraiment son destin...

Destins de femmes.

Tant et tant de destins pour tant et tant de femmes tout au long de l'histoire. Femmes célébrées ou ignorées. Inconnues ou reconnues. Destins qui s'inscrivent et s'écrivent au fil du temps. Au long des siècles. Au cours des histoires qui se nouent et se dénouent. Au gré de ces destinées qui nous reviennent et qui revivent. Qui meurent et ressuscitent malgré les ans. Au fil des siècles. Femmes du quotidien méconnues. Femmes présentes dans toute vie. Femmes dont l'existence et la présence sont de tout temps une simple évidence.

Tant de destins pour tant de femmes. Dames ou demoiselles. Bergères ou mégères. Egéries ou viragos. Depuis Eve, sortie nous a-t-on dit du côté ou de la côte d'un homme. Réplique supposée imparfaite de ce tout premier être. Simple part d'un tout désormais dissocié. Eve la tentatrice, source d'un péché auquel certains continuent à croire. Péché originel puni par la souffrance de l'enfantement. Femme coupable de désir. Condamnable pour sa soif de savoir. Punissable pour sa faim de connaissance. Responsable d'un mal qui maudit les femmes, toutes les femmes après elle. Qui les astreint à la douleur et au silence qui les enferment. Perséphone séquestrée aux enfers pour en avoir goûté le fruit. Condamnée à se dissocier pour épargner l'humanité. Pour satisfaire tout à la fois son époux et sa mère.

Femmes nommées pour être mieux maudites. Depuis Lucy notre ancêtre à tous. Mère de l'humanité découverte en Afrique. Fossile vieux de millions d'années et qui oblige la science à réviser ses jugements et à remettre en cause ses certitudes quant aux origines de l'homme. Première femme à qui la science et ses experts ont donné un prénom. Lucy ou Dinknesh qui signifie merveilleux. Merveilleuse comme toutes les femmes qui la suivront. Mère originelle qui vient nous remémorer de quel néant nous sommes issus et vers quel infini nous retournerons. Femme déjà source de vie comme toutes ses sœurs et ses filles après elle. Femme porteuse du mystère de la vie qu'elle contient à elle seule. Enigme insoluble de cette transmission. Canéphore majestueuse portant en elle les arcanes de l'existence.

Tant de destins pour tant de femmes qui ont su laisser leur marque sur notre histoire. Insoucieuses d'un avenir qui s'est écrit bien après elles. Des femmes de légende dont l'épopée se conte. Se raconte. Se dit et se redit. S'amplifie. Se magnifie sans doute. Des femmes dont on dit qu'elles ont changé le cours de l'histoire. Qu'elles ont été capables de modifier des destins. Ou peut-être changé la face du monde. Femmes sans lesquelles des civilisations auraient pu s'enliser. Cléopâtre, amoureuse éphémère. Reine méconnue et mystérieuse d'un pays où la magie coule à flot. Hélène pour l'amour de qui Troyes est tombée. Qui déclencha de ses yeux un cataclysme. Enlevée par amour. Objet de sanglantes vengeances. Femme à la beauté incomparable, rivalisant même avec Aphrodite dont elle provoque la jalousie. Femmes trop parfaites. Qui, de ce fait, ne peuvent qu'être sorcières pour concourir à la perdition des hommes qui les entourent. Femmes envoûtantes dont la magie fait peur. Converties en légendes. Transformées en vipères. Vouivres séductrices qui mènent les mâles à leur perte. Légendes inventées pour mieux les exorciser. Femmes oubliées. Reléguées aux oubliettes d'une histoire établie par des hommes et pour des hommes. Esclaves ou amantes secrètes. Discrètes et voilées. Restées dans l'ombre du pouvoir. Observatrices modestes dissimulées derrière les tentures ouvragées. Cachées derrière leurs voiles dans l'obscurité des harems et des gynécées. Complotant à l'abri des fontaines. Aiguisant leur pouvoir dans les allées des jardins secrets. Susurrant leurs idées au creux des oreillers. Imposant leur vision de l'avenir avec une assurance tranquille et une force inégalable. Puissance cachée et reléguée dans l'ombre. Influence qui, pourtant n'en finit pas de s'étendre et jamais ne s'éteint.

Tant de destins pour tant de femmes. Encensées ou détestées. Femmes vierges ou putains. Respectées ou méprisées. Honorées ou dédaignées. Sentiments issus de la même peur et de la même envie qu'elles suscitent. De ce mystère insondable qui les fonde et qui les constitue. Marie qui enfante en restant pure. Qui sait donner la vie tout en restant vierge. Immaculée conception. Comme si aimer pouvait salir. Comme si le désir chez une femme ne pouvait que devenir impur. Comme s'il l'entachait inévitablement. Marie-Madeleine, la pécheresse. Celle dont l'histoire ne sait plus si elle était sainte ou prostituée. Ou les deux confondues. Enigme des traditions bibliques. Qui pour satisfaire les convenances imposées par les hommes finit par se repentir de trop aimer l'amour. Oubliée et honnie des évangiles pour avoir été femme. Ou peut-être pour avoir été simplement amoureuse. Pour avoir été une femme amoureuse. Femmes bénies ou maudites. Adorées ou rejetées. Répondant à leur façon aux ambivalences et aux contradictions des hommes. Aimées et haïes tout à la fois pour cette fascination qu'elles seules savent susciter. Rejointes dans cette triste destinée par tant et tant d'autres femmes. Recouvertes par l'oubli et dont la trace s'est perdue. Femmes dont le destin s'accomplit sans qu'elles aient prise sur lui. Sans qu'elles parviennent à acquérir le pouvoir de le modifier. Femmes assassinées. Lapidées. Détruites par les hommes ou par leurs propres sœurs. Dans une trahison inexcusable. Coupables d'avoir voulu simplement aimer avec leur corps autant qu'avec leur cœur. D'avoir eu la volonté d'aller au-delà de leurs désirs. Sans questions et sans tabous. Femmes désirantes qui vont au bout de leurs envies et qui le paient de leur vie. Adultères. Infidèles. Ou seulement fidèles à elles-mêmes. Femmes bafouées ou adulées. Femmes vénérées ou punies. Femmes encensées ou reniées. Mères ou sœurs. Salopes ou putains. Filles de bien ou filles de joie. Epouses au grand jour ou maîtresses secrètes. Exhibées ou masquées. Toutes femmes aux mystères insondables et dont l'histoire ne retient qu'un prénom.

Tant de destins pour tant de femmes. Erudites ou ignorantes. Femmes de lettres. Femmes d'écriture. Femmes de mots qu'elles énoncent et qu'elles partagent. Colette, Comtesse De Ségur ou Marquise de Sévigné. Qui parfois heurtent et scandalisent. Qui osent les mots de leurs désirs. Qui s'autorisent à mettre leur désir en mots. Qui parfois font fi de leur réputation. Femmes ignorées. Effacées d'une histoire qui ne veut plus se souvenir d'elles. Précieuses ou ridicules. Précieuses ridicules. Moquées. Ridiculisées. Femmes dont le langage s'inscrit dans l'air de leur temps. Dans la bienséance de leur époque. Dans ces convenances auxquelles elles se soumettent pour mieux les renier. Femmes qui, parfois osent se montrer elles-mêmes jusqu'au bout. En dépit du mépris et des moqueries dont elles font l'objet. Sans souci d'un qu'en dira-t-on qui ne les atteint plus. Femmes à qui l'on tolère le passe-temps de l'écriture sans vouloir leur en accorder la gloire. Femmes à qui l'on impose de rester à leur place. Loin du jour. Pour éviter qu'elles ne fassent de l'ombre à d'autres. Ou peut-être par peur qu'elles ne mettent en lumière la médiocrité de certains hommes. Femmes à qui l'intelligence est refusée. Qui ne peuvent qu'être belles et se taire. Femmes à qui l'on n'autorise pas la philosophie, réservée aux mâles. Seuls détenteurs supposés de la capacité à penser. Comme si la sagesse ne pouvait en aucun cas être féminine. Encore moins féministe. Comme si penser, douter ou réfléchir ne pouvait pas leur être accessible. Comme si ces compétences étaient inscrites dans les gènes, dans un seul chromosome désigné par Y. Apanage masculin qui leur sert de parure et prouverait leur supériorité. Femmes sages ou poétesses anonymes. Ayant su jouer avec des mots pour mieux chanter la vie qu'elles seules savent faire renaître. Trobairitz des anciennes cours occitanes. Femmes ménestrels, initiatrices et inventives. Voyageuses qui disséminent leurs pensées tout au long des chemins.

Tant de destins pour tant de femmes. Dociles ou rebelles. Femmes révoltées. Révolutionnaires. Qui se battent et refusent de se soumettre. Qui ne veulent plus être esclaves de personne. Ni de leurs corps, ni de leurs époux, ni de leur statut. Qui veulent enfin briser leurs chaines. Ouvrir les portes de leurs cages. Sortir de leur enferment. Combats de femmes pour d'autres femmes. Pour leur offrir et pour s'offrir le droit de vivre pleinement. Sans tabous et sans restrictions. Depuis les suffragettes. Qui ne demandent rien d'autre qu'un droit légitime à la parole. Combats pour une égalité sans cesse remise en cause. Femmes précurseurs qui viennent ouvrir la voie pour d'autres femmes. Qui sacrifient leur propre vie pour que d'autres puissent vivre après elles. D'autres femmes qui leur succéderont. Qui prendront le relais et poursuivront la lutte. Avant de transmettre à leur tour le flambeau de ces combats incessants pour la liberté d'être femme. Femmes refusant encore et encore l'esclavage et la servitude pour elles et surtout pour leurs filles.

Rosa Luxemburg, militante insatiable. Femmes communardes qui se dressent le poing levé derrière les barricades. Qui savent prendre les armes pour combattre l'injustice. Femmes convaincues et fortes de ces convictions qu'elles transmettent à la postérité. Femmes qui montrent le chemin en s'ignorant elles-mêmes. Qui parfois s'égarent et y perdent leur âme. Devenant cruelles pour toutes celles qui se refusent à les suivre. Marie Curie qui meurt pour la science. Première femme à recevoir un prix trop souvent réservé aux hommes. Honorée au Panthéon. Exception. Singularité. Dérogation pour cette exclusivité. Femmes inconnues qui luttent dans l'anonymat pour l'éducation d'autres femmes. Pour qu'à travers la lecture et l'écriture les femmes puissent faire entendre leur voix. Pour qu'elles cessent de se laisser museler par l'ignorance. Instruction pour offrir à d'autres les armes de leurs mots. Femmes qui luttent contre la torture. Contre l'excision. Contre toutes ces mutilations qui refusent aux femmes leur féminité. Qui les humilient et les privent d'un plaisir réservé aux mâles. Batailles pour l'égalité. Pour que le droit ne soit pas une affaire de sexe. Combat contre la violence. Contre l'usage de la force des mâles pour opprimer les plus faibles. Pour une égalité qui peine à voir le jour. Femmes défenseures d'autres femmes opprimées, torturées ou violées. Femmes qui montrent, qui dénoncent l'horreur sous toutes ses formes. Qui tentent encore et encore de s'ériger contre l'horreur. Qui poursuivent sans fin la lutte pour la justice. Pour que leurs sœurs et leurs filles deviennent et restent libres de vivre et de s'épanouir en paix selon leur vœu. Pour que toutes ces femmes désirantes ne soient pas rendues simplement consentantes par la sournoiserie et l'hypocrisie.

Tant de destin pour tant de femmes. Qui crient ou qui se taisent. Hurlantes ou muettes. Bavardes ou taciturnes. Femmes qui luttent avec leurs mots. Avec des phrases dont elles font des armes. Mots tranchants comme des poignards qui assènent leurs vérités. Qui disent et redisent ce que les hommes refusent obstinément d'entendre. Femmes qui vivent à leur façon. Qui exposent leurs amours sans souci de choquer. Qui assument leurs choix et s'en font des maximes. Qui écrasent de leurs mots des convenances devenues carcans. Beauvoir qui montre qu'on ne naît pas femme, on le devient. Sagan, le charmant petit monstre. Capables de vivre selon leurs envies. En dehors des conventions. Paroles de femmes. Chantées. Ecrites ou criées. Destins indomptables de ces femmes qui n'en font qu'à leur tête. Qui refusent de prêter allégeance à un sexe dit fort. Femmes insoumises qui prouvent que tout leur est possible. Qu'elles sont capables d'accomplir leur destin sans aide et sans hommes.

Tant de destins pour tant de femmes. Méconnues ou inconnues. Oubliées ou masquées. Femmes d'art. Qui vivent leur passion jusqu'au bout d'elles-mêmes en exerçant leur art. Artistes écorchées. Au bord de la folie et de la démesure. Camille Claudel passionnée jusqu'à la démence. Enfermée dans sa valse qui bouleverse son esprit et l'emporte dans son tourbillon pour la conduire hors d'elle-même. Au-delà de ses désirs. Plus loin que sa raison. Divines divas resplendissantes. Callas aussi adulée que décriée. Considérée comme capricieuse mais peut-être seulement entièrement et seulement soumise à son art. Femmes de petite vertu ou courtisanes. Prêtresses de l'amour et du corps. Vestales dédiées aux dieux de l'amour. Geishas qui pratiquent l'art à leur manière. Mélange savant et bien dosé de talents artistiques et de plaisirs. Expertes des plaisirs dans toutes leurs dimensions. Vendeuses décriées des plaisirs qu'elles dispensent à des hommes qui refusent de s'en reconnaître dépendants. Femmes de rien ou bonne-maman. Utilisées et réduites en esclavage. Bonnes à tout faire et propres à rien. Femmes à tout prendre ou à tout perdre. Femmes qui se perdent en perdant leur vertu. Qui n'ont alors plus rien d'autre à offrir qu'un corps que certains considèrent corrompu et dont ils profitent cependant.

Femmes qui s'oublient et qui oublient de vivre. Qui n'existent que par procuration. Vivant à travers d'autres un destin qu'elles se sont refusé pour elles-mêmes. Laissant ainsi à d'autres le soin de vivre à leur place. De tenter de vivre mieux qu'elles-mêmes. D'accomplir en leur nom une destinée inégalée et inégalable. Femmes qui s'ignorent et se déprécient elles-mêmes dans le mépris de leur corps. Estimant n'être rien d'autre que cette enveloppe charnelle en dehors de laquelle elles ne valent plus rien. Qui s'imposent des tortures pour répondre aux diktats prononcés par des hommes. Pour répondre à leurs obsessions. Femmes dont la beauté ne sait plus s'apprécier sans artifices. Fardées et parées sans plus s'illuminer de l'intérieur. Femmes objets. Objets de désirs et de palisir plus qu'objet d'amour. Simples jouets offerts pour servir de distraction et éviter l'ennui à des hommes lassés par la vie. Réduites à un corps que les hommes utilisent pour mieux répondre à leurs désirs et leur offrir du plaisir. Bimbos souriantes et naïves. Qui se contentent de se taire et d'écouter. Qui suscitent l'envie et laissent leur esprit s'égarer dans la superficialité. Poupées aux mensurations ahurissantes. Barbie dont le corps défie les lois de la gravité. Issues des fantasmes masculins et conçues pour les satisfaire. Femmes destinées au seul plaisir des hommes qui leur refusent le leur et ne s'en soucient pas. Femmes auxquelles toute jouissance est interdite. Dont le corps ne représente qu'un réceptacle dont tous les orifices peuvent s'ouvrir pour accueillir un sexe d'homme et en assouvir les envies. Pour leur procurer une jouissance éphémère qui ne les comble que l'espace d'un seul instant. Femmes ignorées des combats pour la dignité. Qui veulent garder la tête haute même sous les affronts et les quolibets. Honneur soi-disant perdu qu'elles savent retrouver. Reconquérir encore et encore. Pour rester debout. Pour rester femmes et fières de l'être. Dans leur chair et dans leur âme. Dans leur splendeur inégalée. Gardant leur port de reine même sous les crachats. Conservant la noblesse de leur âme même sous les insultes ou les quolibets.

Tant de destins pour tant de femmes. Héroïnes ou martyres. Sacrifiées à leur cause. Femmes étouffées sous le poids de leurs maux. Blessées dans leur corps comme dans leur cœur. Déçues et désabusées. Tant et tant de fois bafouées. Dépossédées de leurs mots qu'on fait taire. De toutes leurs paroles réprimées. Cris silencieux que nul ne sait entendre et qui s'éteignent peu à peu. Femmes en souffrance. Accouchant dans la douleur sous la direction d'hommes qui les ignorent. Qui les allongent et les privent du mouvement qui aide à mettre au monde. Sacrifiées pour donner la vie au péril de la leur. Mortes en couches. Infectées par la fièvre puerpérale transmise par les mains des chirurgiens. Femmes qui libèrent la vie sous toutes ses formes. Qui en font le cadeau sans restrictions. Femmes qui savent donner le jour. Qui portent la vie et la vénèrent dans tous ses états. Qui lui rendent grâce. Qui la célèbrent et la remercient au jour le jour. Femmes et mères. Mères et filles à la fois. Composant sans cesse pour être fille et mère sans renier l'une ou l'autre. Mères ou femmes dans ces rôles inconciliés. Inconciliables. Rôles à réconcilier. Femmes partagées et divisées. Femmes, mères ou amantes. Sans compromis ni compromission. Compagnes éternelles. Fidèles à elles-mêmes. Femmes qui dansent et qui chantent l'amour. Avec leurs mots. Avec leurs mains. Avec leurs lèvres. Avec leurs corps. De tout leur cœur. De toute leur âme. Chacune à sa façon. Unique et singulière. Chacune selon son rythme. Chacune inventant son propre tempo. Chacune donnant à l'amour sa propre mélodie. Chacune créant ses symphonies pour célébrer l'amour. Pour le chanter sans fin à qui sait l'accompagner.

Femmes dont les cris se perdent dans la nuit. Dans cette obscurité incertaine créée en elles par l'ignorance entretenue par des hommes. Dans la nuit noire où elles ont été trop longtemps maintenues prisonnières. Dans la nuit des temps. Dans les ténèbres de leur histoire. Dans le néant. Dans la profondeur de leurs entrailles d'où naît la vie. Cri d'amour ou de douleur. De vie ou de mort. De souffrance ou de plaisir. Vie et mort. Douleur et plaisir. Intimement mêlés. Intrinsèquement mélangés dans ce cri primal renouvelé. Recréé par les femmes. Pour hurler la douleur. Pour crier le plaisir. Pour célébrer la vie. Pour faire reculer la mort plus loin encore. Pour mieux garder en elles ce mystère de la vie qui se renouvelle bien au-delà de la mort.

Tant de destins pour tant de femmes. Excommuniées ou sanctifiées. Religieuses vouées à Dieu pour fuir le monde et les hommes. Enfermées parfois contre leur gré. Cloitrées ou emmurées. Femmes qui effraient. Dont le mystère fait peur. Soupçonnées de pacte avec le malin. Supposées s'accoupler à Satan pour mieux défier le monde et les hommes. Sorcières ou guérisseuses. Bienfaisantes ou malfaisantes. Utilisant à leur guise un pouvoir prêté par Dieu ou donné par le diable. Empoisonneuses. Préparatrices de potions en tout genre. Fabricantes de philtres d'amour. Capables d'envoûter et d'ensorceler tout un chacun. Sensées exploiter la naïveté pour mieux assoir leur pouvoir sur des hommes innocents. Pauvres naïfs qui se laisseraient si facilement berner et abuser au point de ne plus être eux-mêmes. Femmes donneuses de vie. Porteuses de mort. Sages-femmes. Faiseuses d'anges. Décriées pour ces pratiques incertaines. Assumant à leur manière les responsabilités refusées par des hommes. Fées Carabosses ou Mélusine. Obscures ou lumineuses. Femmes du jour ou de la nuit. Solaires ou lunaires. Femmes instigatrices de messes noires. Y sacrifiant des nouveau-nés pour se baigner dans leur sang. A la recherche d'une éternelle jeunesse. Pour conquérir leur immortalité. Pour rester belles et désirables. Metteuses en scène de sabbats infernaux. Au cours desquels danses et accouplement se confondent. Créant des chorégraphies pour des copulations effrénées. Coïts insensés et dénués de sentiments. Femmes dévoreuses d'hommes. Séductrices savantes usant de tous leurs charmes pour asservir les hommes. Pour les maintenir à leur merci. Pour mieux leur voler un pouvoir qu'ils croyaient définitivement acquis. Mantes religieuses qui dévorent leur mâle dès son office accompli. Femmes vengeresses qui dominent pour refuser l'asservissement. Amazones au sein coupé. Qui tuent ou qui estropient leurs enfants mâles. Leur reniant ainsi à leur tour leur part dans la création de la vie. Mutilées pour rester femmes de guerre et mieux bander leur arc. Réfutant le poids de leur anatomie. Femmes guerrières partant vaillamment au combat. Jeanne d'Arc menant son armée. Fatima chevauchant au combat pour protéger son père, le prophète bien-aimé. Femmes prêtes à verser leur sang pour sauver ceux qu'elles aiment et sauvegarder la vie.

Tant de destins pour tant de femmes. Modestes ou orgueilleuses. Effacées ou mises en avant. Femmes de pouvoir. Femmes qui ont su s'emparer du pouvoir. Qui détiennent une autorité dont parfois elles abusent. Plus dures encore envers leurs sœurs qu'elles oppriment. Croyant ainsi mieux prouver leur valeur. Confondant autorité et despotisme. S'efforçant dans leurs vains combats de ressembler aux hommes dont elles copient les défauts en voulant les égaler. Oubliant qui elles sont et calquant leurs attitudes sur celles de ceux qu'elles copient ou qu'elles singent. Femmes d'élite et d'exception. Qui se singularisent dans des entreprises prétendument réservées aux seuls hommes. Qui doivent dépasser les hommes pour s'imposer. Sportives exceptionnelles. Exploratrices sans peur et sans limites. Renonçant aux attributs de leur sexe pour mieux atteindre leur but. Femmes sœurs ou rivales. Qui s'aiment ou se détestent. Qui s'entraident ou qui s'entravent. Qui rivalisent entre elles en oubliant ce qui les constitue. Reniant cette sororité qui devrait les réunir.

Femmes délirées. Fantasmées. Femmes muses ou déifiées. Perséphone reine des enfers aux côtés d'Hadès. Aphrodite, déesse de l'amour. Athéna, porteuse de l'égide merveilleuse, accompagnée de sa chouette perchée sur son épaule. Eos aux amants innombrables qui fait renaître l'aurore. Diane chasseresse chevauchant fièrement son cerf. Reines et pourtant toujours soumises à l'autorité d'un homme ou d'un dieu sensé leur être supérieur et qui se veut leur maître. Femmes célèbres et célébrées. Priées ou vénérées. Femmes mythiques. Femmes louves. Gorgones ou méduses. Sirènes ou dragonnes. Monstres enjôleurs et pervers créant sur leur passage la perdition et l'égarement des hommes. Prenant l'apparence de séductrices pour mieux masquer leurs obscurs desseins.

Destins de ces femmes anonymes qui viennent s'incarner dans d'autres destinées. Qui trouvent des prototypes dans lesquels s'incarner. Des modèles dans lesquels se projeter. Toutes ces femmes ignorées. Mères ou femmes ou amantes des génies. S'oubliant pour mieux favoriser la gloire de l'aimé. Renonçant à elles-mêmes pour protéger leur homme. Sacrifiant tout pour cet objet de leur amour et de leur admiration. Femmes au service de ceux qu'elles ont un jour choisi et que jamais elles ne renient. Usant leurs dernières forces pour le préserver. Gardant malgré le temps et les aléas cet amour qu'elles savent lui vouer.

Tant et tant de destins pour tant et tant de femmes à jamais oubliées. Femmes anonymes dont nul ne saura jamais rien. Si discrètes qu'elles en sont devenues transparentes. Diaphanes et presque inexistantes. Femmes dont les racines de vie se rejoignent sans fin jusqu'au fond des âges. Transmission d'un héritage ancestral et sacré. Légué à travers ce matriarcat singulier. Transmission inépuisable de femme à femme. De mère en fille. Femmes dont les vies se perdent encore dans un avenir lointain. Dans cette trace infime dont elles marquent leur monde. Dans ce signe unique qu'elles laissent à leur manière sur le monde. Grain de sable minuscule que chacune s'en va déposer sur la vaste plage de l'univers. Vague empreinte laissée sur leurs proches. Sur leur famille. Sur leur monde minuscule. Femmes dont je fais partie. Avec mon corps. Avec mon cœur. Avec mon âme. Femme à part entière. Irrémédiablement. Immuablement. Femmes dont la lignée perdure. Aïeules lointaines dont je porte l'héritage. Anonyme et pourtant si présent en moi. Legs unique et universel porté par chaque femme dans son cœur. Posé sur son esprit. Succession que mes mots transmettent à leur tour à d'autres femmes. Dans cette complicité qui n'appartient qu'à nous. Dans cette connivence propre à notre sexe. Pour toutes les femmes. Où qu'elles soient et quelles qu'elles soient. Filles. Mères. Grands-mères. Sœurs. Parentes de tous degrés. De cœur ou de sang. Toutes réunies dans une même lignée qui parcourt le temps. Qui le transcende. Qui le modèle à sa guise pour mieux le traverser. Personnages incontournables de l'histoire et du temps.


Tant et tant de destins pour tant et tant de femmes.

Auxquelles ces mots veulent rendre hommage.

Respect offert à ma façon.

Pour que l'esprit de vie commun à toutes continue à vivre et à revivre à travers les âges.

Pour que nul, jamais ne puisse l'anéantir.

Pour que toujours la vie triomphe à travers celles qui l'incarnent.

Pour que toujours et à jamais les femmes puissent continuer à transmettre

La vie et l'amour de la vie. 

La Troubadouresse le 23/11/2016

Les peintures sont de Marianne Tatar Artiste peintre https://mariannetatar.daportfolio.com/about/ 

" NUITS "

Parce que l'hiver donne envie de s'endormir pour quelques temps, en attendant des jours plus agréables... je vous offres quelques nuits....

Tombée de la nuit... Nuit qui tombe.... Vers quel précipice... Vers quels abîmes... Vers quels abysses la précipite cette chute interminable ?.... Vers quels mondes inconnus ?...

Nuits.... Nuits blanches de mes insomnies.... Nuits trop longues quand le sommeil me fuit.... Nuits sans fin où les pensées s'agitent... Où les sentiments s'emmêlent.... Nuits où l'angoisse se fait reine.... Dans l'attente d'un jour qui se fait trop attendre.... Et qui tarde à poindre.... Nuits de peur où les fantômes ressurgissent et me hantent...
Nuits oppressantes.... Aveuglantes.... Où rien n'est plus pareil... Où rien ne se ressemble.... Nuits où chaque pensée devient lancinante... Comme une douleur qui vient vriller mon cœur.... Nuits de douleurs...Nuits sans couleurs.... Nuits en noir et blanc.... Nuits dont l'issue reste toujours incertaine.... Nuits dont j'ignore à chaque fois si la fin viendra.... Nuits qui s'éternisent.... Où le temps s'étire trop lentement.... Nuits où les minutes ressemblent à des heures.... Dans l'attente du temps qui passe.... Nuits dont je sors harassée.... Mais rassurée d'être encore en vie....
Nuits.... Nuits blanches de mes amours.... Nuits trop courtes pour l'amour.... Nuits aux couleurs de mes passions.... Nuits trop courtes pour des désirs sans fin.... Nuits qui se font douceur dans les caresses de l'amour.... Nuits où le plaisir me rejoint.... Nuits hors de ma solitude.... Interludes dans mes nuits.... Nuits où le jour vient trop vite troubler les étreintes.... Nuits où l'heure du départ sonne toujours comme un glas pour l'amour.... Nuits sans pensées... Sans arrières pensées.... Qui laissent la place aux désirs....
Nuits où chaque heure ressemble à une minute.... Nuits que je voudrais éternelles.... Nuits où je voudrais ne jamais voir le jour.... Nuits que je souhaiterais vivre et revivre encore.... Nuits où l'instant ressemble à une éternité.... Nuits qui me laissent épuisée.... Pantelante mais vivante....      Marie-Christine Staehle  19/11/2016

" RIRES "

Rires...sourires...Tant de façons de dire à la vie qu'on l'aime.... 

Rire...s'esclaffer...pouffer...rigoler...s'égayer...s'esbaudir...Bruit de tous ces rires qui montent du fond des gorges...du fond des cœurs...qui expriment une émotion impossible à contenir...à retenir....

Rires...tant de forme de rires...tant de façons d'exprimer la joie...Tant de rires...étouffés ou relâchés...retenus ou libérés....

Rires...sourires...Tant de façons de dire à la vie qu'on l'aime....

Premiers sourires de bébé......risettes...premières communications...premières expressions...quand les yeux rient sans que les lèvres y parviennent encore...Joie de ces étincelles de vie qui brillent au fond du regard...Béatitude......Contentement....

Joie des sourires qui se croisent...s'interpellent...Premiers rires qui s'essaient...qui laissent tout surpris de ce bruit étrange sorti de soi....

Rires en cascade des enfants......insouciants...sans arrière-pensées...sans retenue......Rires du plaisir de jouer...de savourer la joie...savourer la vie...Rires offerts à la vie.... En cadeau...en merci......en hommage....

Rires involontaires qui surgissent au détour d'un mot...d'une expression...Rires entraînants......où chacun veut se perdre....

Rires pour cacher la gêne......rires pour masquer la peur......rires comme un abri pour se protéger des incertitudes......pour se dérober au regard de l'autre......rires comme un bouclier entre soi et l'autre......

Rires pour se chercher......pour se laisser aller......pour s'abandonner...Ivresse de ces rires de liesse...qui enivrent......qui emportent.....

Rires qui fusent à tout va......dans tous les sens...éveil des sens......Rires vides de sens...juste pour meubler un silence....

Rires......Hilarité...Fous rires...rires fous......rires des fous...rires défouloirs......Rires des délires...sans raison...déraisonnables...déraisonnés...hors de toute raison....

Rires pour se défouler...pour refouler les émotions...pour se protéger...rires comme une armure...rires qui rendent presque invulnérable...Armures de ces rires...barricades pour des révolutions intérieures....

Rires...... rire pour ne pas pleurer.... Rire pour remplacer d'autres émotions...intolérées...intolérables...Rires pour ne pas afficher la tristesse...ne pas montrer la peur...faire taire la colère......Rire pour ne pas avoir à dire....

Rires...pour ne pas entendre......pour ne pas voir......pour éteindre la douleur......pour apaiser les craintes...pour museler les angoisses....

Rires...rires d'évasion vers une vie plus clémente...vers des ciels plus bleus...vers des rivages plus hospitaliers......        Marie-Christine Staehle  19/11/2016

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