La Troubadouresse et Noel

NOEL

"........Alors, parfois, en voyant clignoter les guirlandes sur les sapins, la tristesse m'envahit. Les larmes glissent doucement pour rejoindre la mémoire des absents. Dans cette mélancolie singulière où je me laisse sombrer. Parfois, j'entends de nouveau leurs voix. Lointaines et pourtant bien distinctes. Des voix que je reconnaîtrais entre mille et qui reviennent pour chanter Noël avec moi. Elles me soufflent de croire encore à la magie. Elles me disent qu'une part en subsiste en moi. Que je dois à mon tour la diffuser. Elles m'enjoignent de chasser la morosité. De croire encore à la joie. De prêter foi à l'amour. De faire confiance à la vie. De croire encore à Noël."

La troubadouresse vous souhaite à tous un heureux Noël, plein d'espoir et de magie...

Noël arrive à grands pas. Les premiers frimas nous l'avaient signalé. Le voilà à présent qui s'annonce à coups de carillons et de lumières clignotantes. Avec parfois un peu trop d'avance sur son calendrier. J'entends déjà ses clochettes tintinnabuler. Quand tout est calme et reposé. Même s'il n'est pas encore l'heure d'aller se coucher. Car, qu'il soit attendu ou redouté, aimé ou détesté, Noël reste incontournable. Il marque nos vies sans se soucier du temps qui passe. Il ne peut échapper à notre attention. Pour un temps il envahit notre monde et notre quotidien. Il ne laisse personne indifférent. Qu'on le décrie ou qu'on chante ses louanges. Qu'on le dénigre ou qu'on l'exalte. Qu'on le discrédite ou qu'on le glorifie. Il reste un événement inévitable, auquel il nous faut bien faire face et avec lequel nous devons composer. Quelles que soient nos convictions, notre religion ou nos traditions, Noël nous rattrape au coin d'une rue illuminée, au détour d'une publicité, à l'écoute d'une musique, à la senteur des épices. Ce jour contient à lui seul tant de symboles, tant d'idées et tant de rêves... Tant de nostalgie et de regrets aussi parfois...

Au fil du temps, mes Noëls se sont fait différents. Ils ont évolué au fil de ma vie. Au gré de mes envies. En fonction des deuils et autres aléas qui ont parsemé mon parcours. Ils se sont faits tristes ou gais. Enjoués ou ennuyeux. Plaisants ou chagrins. Sombres ou lumineux. Brumeux ou limpides. Révoltés ou apaisés. Provocateurs ou soumis. Tous se sont succédés dans les rires ou dans les larmes. Dans les joies ou dans les peines. Selon mes humeurs. Aujourd'hui, il suffit d'un rien pour réveiller mes souvenirs. Les ranimer. Les raviver. Les ramener à la surface de mon esprit qu'ils viennent agiter. Soubresauts de ma mémoire. Rides sur la surface trop lisse de mon esprit. Face à ce remuement que je connais bien, je n'ai qu'une seule issue, un seul remède. Seuls les mots me sont utiles et peuvent m'apaiser. C'est pourquoi je dépose ma mémoire sur une page blanche. Pour mieux l'observer. Pour prendre un peu de distance avec elle. Pour m'extraire quelque peu de ces pensées. Pour parvenir, enfin, à aborder Noël et ses festivités avec une âme un peu plus sereine. Pour éviter d'entacher ce jour de mes amertumes. Pour sauvegarder ce qui me reste de la fête. Pour protéger ceux qui m'entourent de la contamination de mes états d'âme.

C'est ainsi que me reviennent aujourd'hui les Noëls blancs de mon enfance. A la fois si proches et si lointains. Enfouis sous les flocons et le givre. Tout encapuchonnés de blanc. Scintillement singulier de cette blancheur, de ces étendues immaculées. Déserts de neige et de glace où les bruits s'atténuent. Où tout se tait. Où je me perds. Miroitements infinis, comme des étoiles descendues sur la terre pour annoncer la joie de Noël. Pour nous en rappeler le sens profond. Préparatifs interminables. Journées qui s'étirent dans l'attente. Impatiences impossibles à calmer. Fébrilité. Recherche incessante de prétextes pour tromper cette nervosité. Je me revois, marchant aux côtés de mon père, peinant à le suivre parfois. Tentant maladroitement d'ajuster mes pas sur les siens. Mais si heureuse de l'accompagner pour cette mission importante : choisir et couper un sapin. Sélection délicate pour trouver celui qui ornera la maison. Qui symbolisera la fête. Celui que je parerai de boules et de guirlandes dans des accords multicolores. Celui autour duquel la famille pourra se réunir pour partager la joie et le recueillement. Celui qui restera notre invité jusqu'à l'année nouvelle. Qui accompagnera jusqu'au bout toutes ces festivités. Moments précieux d'une complicité trop fugace. Instants trop vite évaporés. Avalés par les années.

Noël, dans mon enfance, c'est aussi l'église du village. Où nous nous rendons à pied pour la messe de minuit. Au son joyeux des cloches qui nous appellent. Qui nous crient de loin de nous hâter. Périple dans le froid et l'obscurité. Dans la clarté pâle de la nuit où la lune éclaire notre chemin. Trajet joyeux malgré la fatigue. Cantiques entonnés d'une voix claire pour chanter la joie. Pour saluer Melchior, Balthazar et Gaspard, les rois mages venus de leur lointain pays pour saluer l'enfant roi et lui offrir leurs présents. Je rêvais déjà en songeant à cette étoile qui les avait guidés. Luisant pour eux jour et nuit afin qu'ils ne perdent pas espoir. Leur voyage me passionnait. J'imaginais la voie lactée au-dessus d'eux. Je visualisais leur aventure. J'avais l'impression de les accompagner tout en remontant l'allée jusqu'à la nef où je m'agenouillais devant la crèche. J'en oubliais presque la raison qui les avait poussés à se mettre en route. Mais, bien vite, ma fois naïve d'enfant me revenait et m'emplissait de compassion pour ce bébé né dans une étable. Pour cette famille à qui un abri avait été refusé et qui n'avait pour se réchauffer que le souffle du bœuf et de l'âne.je me recueillais devant eux en récitant mes prières. Puis, le retour à la maison nous annonçait la chaleur du poêle et les marrons chauds. Les papillotes déballées délicatement et dégustées doucement. La soirée se prolongeait encore un peu en racontant histoires et souvenirs. Nous allions finalement nous coucher et la nuit nous laissait attendre les surprises du matin. Réveils en fanfare. C'était alors les cadeaux déposés miraculeusement au pied du sapin. Surprise de ces présents tout à la fois attendus et inattendus. Réjouissances sans fin pour ces offrandes tombées du ciel. Déballages. Froissements des papiers. Cris de joie. Exclamations en tout genre. Bonheur de ces instants de magie.

Noël, dans mes souvenirs, c'est aussi la famille réunie autour d'un repas. Festin préparé depuis des jours. Mets mijotés à l'avance et remplissant la maison des senteurs de la fête. Ce sont les visites. Les retrouvailles. Cette ambiance festive à nulle autre pareille. Quand plus rien d'autre n'a d'importance que l'instant de joie qui se vit. Embellie dans une année parfois difficile. Trêve durant laquelle les soucis s'éloignent momentanément. Les préparatifs ont eu lieu dans les rires et dans la bonne humeur. Les gâteaux ont été confectionnés durant des journées entières. Les mains dans la farine et les yeux étincelants. Au milieu des bavardages. Gourmandises partagées. Goûtées en se brûlant les lèvres pour n'avoir pas su attendre. Saveurs renouvelées au fil des années. Plaisir de tous ces préalables. Comme autant d'étoiles parsemées alentour. Déposées sur nos vies pour le temps de la fête. Toutes ces petites touches de magie qui se mêlent aux ingrédients. Qui exhaussent le goût de chaque plat. Jeux et bagarres. Rires. Eclats de voix. Journée à nulle autre pareille. Où chacun se retrouve auprès de ceux qu'il aime et savoure leur compagnie sans se soucier du lendemain.

Tous ces souvenirs ressurgissent au gré des lumières et des chansons. Guirlandes clignotantes que Tino Rossi vient mettre en musique en nous chantant petit papa Noël. Images peut-être idéalisées de ces Noëls heureux que rien ne pouvait ternir. Ceux où la vie n'a pas encore repris ce qu'elle avait donné. Ceux où tout semble possible. Où tous les vœux peuvent se réaliser. Ceux où tous ceux que j'aime étaient encore auprès de moi. Quand aucune présence ne manquait à l'appel de mon cœur. Peu à peu, la nostalgie me gagne et les larmes me reviennent. Parce que je garde cette sensation que Noël n'est plus tout à fait Noël. Ne le sera peut-être plus jamais. Ou que je ne saurai plus à moi seule les recréer. Parce que le charme s'est estompé avec les départs. Parce que les absents ont emporté leur magie avec eux. Que le scintillement de Noël ne les remplace pas et ne parvient pas à combler les vides. Parce que peu à peu, les préparatifs perdent leur sens et leur essence. Ils s'amenuisent peu à peu. Ils s'effilochent. Dans ce décalage où tout va trop vite. Où tout s'organise au galop parce que le temps manque à tous et à chacun. Quand Noël est déjà presque fini avant même d'avoir eu lieu. Que dès le lendemain il fait passer à autre chose. Parce que l'argent semble avoir absorbé la fête. Qu'il a dévoré cette essence qui constituait la célébration. Parce que les surprises ne sont plus de mise. Que l'imprévu n'a plus sa place. Parce que les commandes se font trop précises et entrainent des déceptions quand elles ne sont pas honorées. Parce que mieux vaut un chèque qu'un cadeau qui sera revendu. Même s'il supprime le plaisir d'avoir eu à choisir, à chercher, à préparer. Toutes ces nouvelles manifestations autour de Noël m'attristent et m'agressent tout à la fois. Elles me navrent et m'assaillent. Elles me consternent. Comme si l'esprit de Noël était englouti dans ces publicités et dans ces débauches d'aliments. Comme si Noël n'était plus soudain que ce gaspillage. La famille elle aussi s'essouffle et peine à se réunir en fonction de ses compositions, décompositions et recompositions. Perdant ainsi peu à peu la joie des retrouvailles.

Alors, parfois, en voyant clignoter les guirlandes sur les sapins, la tristesse m'envahit. Les larmes glissent doucement pour rejoindre la mémoire des absents. Dans cette mélancolie singulière où je me laisse sombrer. Parfois, j'entends de nouveau leurs voix. Lointaines et pourtant bien distinctes. Des voix que je reconnaîtrais entre mille et qui reviennent pour chanter Noël avec moi. Elles me soufflent de croire encore à la magie. Elles me disent qu'une part en subsiste en moi. Que je dois à mon tour la diffuser. Elles m'enjoignent de chasser la morosité. De croire encore à la joie. De prêter foi à l'amour. De faire confiance à la vie. De croire encore à Noël.

Et, c'est pourquoi j'adresse aujourd'hui ces mots à tous ceux qui veulent encore croire à la vie. Tous ceux que Noël rend triste et laisse solitaires. Tous ceux qui doutent de la vie. Parce que la magie de Noël n'est peut-être rien d'autre que cela. Ce moment où l'amour peut se renouveler. Où peut être les cœurs peuvent se parler. Où le miracle de la vie se répète encore et encore.

Alors... vous tous qui me lisez. Vous qui attendez Noël ou qui le voudraient déjà passé... Ecoutez... Ecoutez bien. Faites place au silence pour entendre les voix qui vous animent... Laissez-les vous parler. Laissez-vous aller... Abandonnez-vous à la magie qui saura vous répondre et vous rejoindre... Parce que, peut-être, il n'est pas nécessaire d'avoir un jour spécial pour célébrer la vie et l'amour. Mais parce que, peut-être, Noël n'est là que pour nous le rappeler et pour nous faire savoir que la vie est un miracle incomparable...

Marie-Christiane Staehle "LA TROUBADOURESSE"

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