
Des mots sur l'horreur
"Je viens de retrouver ces mots écrits au lendemain du 14 juillet 2016... J'ignorais alors qu'ils seraient de nouveau aussi actuels à l'approche de Noël.
Si je décide de les offrir aujourd'hui à tous ceux qui voudront bien les lire, c'est parce que je continue quoi qu'il advienne à croire que la lumière de la vie reste la plus forte et parce que plus que jamais, le monde a besoin de la lumière que chacun d'entre nous peut lui apporter à sa façon..."
Mes mots poursuivront leur route vers la vie.
Ils s'en iront vers l'espoir.
Ils continueront leur chemin vers l'amour.
Mes mots s'élèveront vers le ciel comme une prière.
Comme une supplique.
Ils formeront dans l'azur qui les accueille un arc en ciel.
Pour que mes mots restent à jamais des mots de
VIE.
Des mots sur l’horreur




Aujourd'hui, je veux déposer des mots sur l'horreur. Parce que je n'ai rien d'autre à offrir. Parce que les mots sont la seule chose qui me vient. La seule issue possible. Parce qu'ils sont ce qui me constitue. Ils sont le carburant qui me permet d'avancer. Aujourd'hui, je veux les déposer sur la mort des innocents, enfants ou adultes. Tout comme j'ai d'autres fois déposé des roses sur des cercueils. Pour une dernière offrande.
Aujourd'hui, je veux donner mes mots à ceux qui ne demandaient qu'à vivre. Ceux qui auraient dû avoir encore un long chemin de vie à parcourir. Dans l'insouciance. Dans la joie. Dans la liberté. Dans l'en vie. Ceux qui auraient dû encore longtemps pouvoir vivre et aimer. Ceux qui sont tombés sous les roues d'un camion fou. Sous les coups d'un barbare. Fanatisme aveugle qui une fois encore vient faucher la vie. Sans explication. Sans raison.
Je tente de déposer des mots sur l'horreur. Sur l'anéantissement qui me gagne et que je ressens comme une menace pour la vie, pour toute vie. Pour exorciser l'atrocité. Pour la faire peut-être reculer. Pour tenter de la bannir au moins de mon monde. Pour la repousser surtout hors de moi-même. Parce que je ne peux plus la regarder en face.
Ce sont des mots pour tenter une fois encore de dire l'indicible. Des mots pour tenter de comprendre l'incompréhensible. Des mots impuissants face à une telle douleur. Des mots sans doute vains mais que je ne peux retenir.
Des mots face à ces évènements qui me sidèrent. Qui dépassent mon entendement. Qui se situent bien au-delà de ma compréhension. Qui me laissent sans voix. Presque sans mots. Muette face à l'horreur. Des mots que je dois pourtant retrouver pour pouvoir les poser sur l'horreur. Des mots que je voudrais hurler plutôt qu'écrire. Des mots pour combattre la mort. Pour la chasser loin de moi. Des mots pour vaincre les assassins. Pour crier plus fort que leurs cris de guerre. Des mots pour en faire tout à la fois une arme et un bouclier. Des mots pour faire connaître à ceux qui tuent le prix de la vie. Des mots qui protègent. Des mots qui ramènent la vie. Des mots qui veulent faire triompher la vie sans plus jamais parler de mort.
Je veux trouver des mots qui se déposent sur l'horreur. Qui s'étendront sur elle comme les linceuls enveloppent les morts. Des mots qui recouvriront l'horreur. Sans pourtant l'effacer. Des mots dont le but est simplement de l'atténuer. Pour amoindrir la douleur. Pour apaiser la souffrance. Mes mots ne se veulent pas ceux de l'oubli. Ils ne pourront jamais gommer l'horreur. Jamais ils ne pourront la faire disparaître. Ils se poseront simplement sur elle. Comme on pose une main maternelle sur un front fiévreux. Pour essayer de calmer les douleurs. Pour y déposer un baume qui aidera à guérir. Qui refermera les blessures sans pour autant en supprimer les cicatrices. Resteront ainsi toujours les marques du souvenir pour tenter encore et encore d'empêcher l'horreur de se reproduire.
Je cherche des mots qui me fuient. Des mots qui parfois se dispersent lâchement. Des mots qui manquent de courage pour nommer l'innommable. Pour regarder ce qu'ils auraient voulu ne jamais avoir vu. Il n'y a pas de mots pour dire l'horreur. Il n'y a pas de mots pour cet anéantissement. Il n'y aurait peut-être que les cris ou les larmes.
Le choc est trop violent. Comme la foudre qui frappe. Collusion titanesque. Trop d'émotions s'entrechoquent face à l'atrocité. Elles se chevauchent et se perdent les unes dans les autres sans pouvoir se nommer. L'effroi est trop grand. Trop intense. L'épouvante le rejoint. Tout s'amalgame pour ne plus former qu'une énorme boule de détresse. Tant de haine. Tant de monstruosité. Tant de mépris pour l'humanité. Pour l'humain. Tant de dédain pour la vie et pour les vivants. Tant d'infamie dépasse mon entendement et me laisse coite. Inerte. Incapable de comprendre. Incapable d'y croire. Comme s'il ne pouvait s'agir là que d'un cauchemar qui va prendre fin. Je continue à chercher en vain à expliquer l'inexplicable. Je voudrais pouvoir raisonner ces actes sans raison. Pour que la raison fasse taire pour un temps l'émotion qui m'envahit.
Alors, je continue encore et encore à chercher des mots. Des mots pour occuper mon esprit. Des mots pour ne plus penser à l'horreur. Je cherche des mots qui montrent la vie. Des mots qui veulent croire que la vie reste la plus forte. Des mots vivants. Des mots en vie. Des mots qui débordent de vie. Je voudrais trouver des mots qui font triompher la vie. Même face à l'horreur. Même face à la mort. Je voudrais trouver des mots lumineux qui pourraient laisser une trace, même infime sur tant de noirceur. Des mots comme une bougie qu'on allume pour transmettre des pensées d'amour. Je voudrais trouver des mots d'espoir qui porteraient sur eux la marque de la vie. Des mots qui contiennent la foi en la vie. Je voudrais trouver des mots d'amour qui combattraient la haine. Des mots de désir pour livrer bataille contre la mort. Je voudrais trouver des mots qui s'accrocheraient les uns aux autres. Qui se donneraient la main ou s'enlaceraient. Des mots qui s'agripperaient l'un à l'autre pour s'empêcher de sombrer. Je voudrais trouver des mots qui formeraient un écran protecteur. Bouclier de vie contre la mort. Je voudrais trouver des mots qui continueront à chanter la vie. A crier le désir. A proclamer l'amour. Je voudrais trouver des mots qui vibrent à l'unisson. Pour former une symphonie. Pour créer un hymne à la vie. A jouer et rejouer sans fin. Chant d'espoir à entonner les jours de deuil.
Et, même si mes mots pleurent encore, ils resteront en vie. Ils naîtront et renaîtront sans fin. Ils continueront à hurler les envies autant que les douleurs. Dans un enfantement déchirant pour mettre au monde l'espoir de vivre encore. Mes mots s'en iront se perdre au loin pour semer la vie. Etincelles disséminées çà et là au hasard. Pour redonner des envies. Pour réveiller des désirs. Pour allumer des brasiers propices à l'amour.
Même si mes mots sont encore douloureux, ils sauront retrouver la joie. Ils iront chercher l'allégresse. Ils répandront la paix. Pour favoriser la réconciliation. Pour ramener vers chacun l'idée de la fraternité.
Même si mes mots contiennent encore le désespoir de l'horreur, ils gardent en eux l'espoir que l'amour continue d'exister. Mes portent en eux la foi, la croyance inébranlable que l'amour et la vie peuvent encore triompher.
Même si mes mots sont encore tristes, ils retrouveront la gaieté pour offrir des sourires et peut-être des rires. Musiques légères et cristallines qui symbolisent le bonheur et la vie.
Même si mes mots sont encore endeuillés, ils resteront quoi qu'il advienne porteurs de vie. Ils garderont l'envie. Ils resteront ceux du désir de vie.
Marie Christiane Staehle 21/12/2016
